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Les emballages, source d’éveil et réponse aux besoins du tout-petit
31.01.2023

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Les emballages, source d’éveil et réponse aux besoins du tout-petit

« Avec tous les jouets qu’ils ont reçu pour Noël, c’est avec les emballages qu’ils jouent ! »
Combien de parents, dépités, observent ce même constat après les fêtes ?
Et si nous changions notre angle de vue…

La fonction contenante qu’est-ce que c’est ?

Le bébé a passé 9 mois dans le ventre de sa mère. Il y était bien au chaud et en sécurité. A la naissance, le voilà propulsé dans un monde entouré de « vide », sans limites autours de son corps, sauf celles des bras de sa mère, et plus largement des bras des adultes qui le portent, le câlinent, et le rassurent.  Ce que D. Winnicott (pédiatre et psychanalyste britannique) nomme le « holding », c’est l’idée que cette contenance passe par la présence même de l’adulte, par ses bras enveloppants, le son de sa voix douce et rassurante.

Mais quand l’adulte n’est pas disponible dans l’immédiat ou quand bébé devient un peu plus autonome, la contenance passe aussi par l’utilisation de son environnement : s’assoir dans une bassine ou une panière à linge, vider la caisse de jeux pour s’installer dedans, se lover sous un plaid, assiéger le dessous de la table…et se réfugier dans les cartons d’emballage ! Voilà autant d’occasion qui nourrissent la sécurité intérieure de l’enfant et lui permettent de satisfaire son besoin de contenance.

La créativité et l’imaginaire dans tout ça ?

Jouer avec un emballage carton c’est aussi être créatif. La créativité est indispensable à l’autonomisation de l’enfant. Figurez-vous que les premiers mois, le bébé, qui ne connaît pas encore les limites de son corps, pense que sa mère en est le prolongement. A partir de 6 mois environ, commence une étape fondamentale à cette autonomisation : la séparation/individuation. Pour comprendre qu’il est une personne à part entière, bébé va devoir faire de multiples expériences tel un petit chercheur, et ainsi développer sa capacité à imaginer, à trouver une solution, vérifier le résultat d’une action. C’est ce que l’on appelle la créativité ! Par exemple, quand il teste la réaction de l’adulte après avoir jeté sa cuillère par terre une dizaine de fois (oui, le chercheur doit valider son hypothèse après de nombreux essais) il développe bien sa créativité. C’est bien lui, en tant que personne, qui agit, provoquant ainsi la réaction de l’adulte qui rouspète et ramasse la cuillère. Alors quand l’enfant délaisse le jouet au profit de son emballage : il déchire le carton, il dessine dessus, il se cache dedans, il en fait sa résidence secondaire, ou bien un parcours… il est créatif !

Le jouet peut emprisonner

L’enfant fait des apprentissages tout au long de son développement en jouant. Selon Pauline Kergomard (créatrice de l’école maternelle en France) : « Le jeu, c’est le travail de l’enfant, c’est son métier, c’est sa vie ». Mais l’enfant ne joue pas seulement avec des jouets et lorsqu’il le fait, du moins les trois premières années, une brique devient une voiture, des cubes en bois sont cuits « al dente » dans la casserole de la dinette, et les standards de la mode préconisent le port du seau sur la tête et les bracelets en pâte à modeler.

Proposer un jouet à un enfant de moins de 3 ans devrait toujours se faire « naïvement ». Il est entendu par là sans attente particulière de l’adulte. Ou alors, faisons du but recherché l’occasion d’expérimenter, d’échanger, de ressentir, de tester, de détourner, d’imaginer. Ce qui compte dans l’activité ludique c’est bel et bien le processus, c’est-à-dire tout ce qu’il va mettre en œuvre dans son jeu. Tandis que l’adulte accorde souvent plus d’importance au résultat final : il félicite la belle tour de cubes, plus que la façon dont l’enfant maîtrise son geste pour empiler les cubes les uns au-dessus des autres, il félicitera le petit artiste pour son beau dessin, plus que pour le plaisir d’avoir plongé ses doigts dans la peinture.


Conceptrice de jeu américaine, Cas Holman explique dans un documentaire : « De nos jours, beaucoup de jouets sont nuls : ils sont en plastiques et les enfants n’en tirent rien. Ils sont faits pour le profit ou pour occuper les enfants (…) Alors que c’est l’enfant qui devrait être à l’origine de la conception du jouet. »
Les cartons d’emballage, les boîtes de conservation, les éléments de la nature… sont autant d’occasion pour l’enfant de susciter son imaginaire sans avoir à dépenser des fortunes.
Pour finir, les jouets éducatifs, qui ne proposent qu’une seule action et un seul résultat final ne valorisent pas non plus le processus. Encore une fois, ce qui est éducatif pour l’enfant, c’est le jeu libre. A ce propos, Jean Epstein, psychopédagogue, dit très justement que « L’enfant ne joue pas pour apprendre mais il apprend parce qu’il joue. ».

Pour aller plus loin…

Imaginez-vous accueillir les enfants dans un espace vide : pas de meubles, pas de jouets. Cela paraît inimaginable ! Et pourtant, cette « activité rien », a fait ses preuves. Il s’agit là de ne rien proposer à un groupe d’enfants et observer leurs interactions, leurs réactions, leurs jeux. Cécile Borel, éducatrice de jeunes enfants à l’initiative de cette expérimentation, raconte : « Les enfants ont d’abord eu une réaction de surprise. Ils ont commencé à crier et à courir partout. Ils avaient clairement besoin d’un moment de décharge. Puis, nous avons rapidement observé des actions et des comportements que l’on voyait moins quand la pièce était très chargée : les enfants communiquaient beaucoup plus entre eux, observaient avec plus d’attention les détails du lieu ».

Nous l’avons vu plus haut, l’enfant a besoin de contenance. Alors il est légitime de se demander si une telle expérience répond à ce besoin. Et bien oui ! Bien plus important encore qu’à d’autres moments de jeux, ici l’adulte se doit d’être contenant par sa présence, son regard bienveillant et soutenant. Il ne s’agit pas de « laisser les enfants s’occuper seuls ». Encadrer les ateliers « rien » demande aux adultes de se discipliner pour ne pas être tout de suite et tout le temps dans la suggestion d’activités, mais bien de laisser l’espace aux enfants d’être les créateurs des activités de ce moment. Or, l’absence d’action nous apparaît faussement comme une absence d’activité, surtout chez le professionnel. Une fois l’effet de surprise passé et ce temps verbalisé par l’adulte, les enfants vont interagir davantage entre eux, l’imitation prend une vraie place dans les échanges, en l’absence de jouets on observe moins de conflits et agressivité, l’espace et les expérimentations motrices sont plus investis et l’imaginaire est accru.

Une variante, qui peut rassurer le professionnel face à cette angoisse du « rien » et de la « page blanche », pourrait être aussi de proposer aux enfants un seul support de jeu : des balles, ou des feuilles posées au sol, ou alors pour en revenir au sujet de départ : les fameux cartons d’emballage ! Faisons confiance aux ressources créatives de nos petits chercheurs, nous serions surpris par leur potentiel !


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